
Ce nom te dit quelque chose…Ah oui y’a un barrage qui porte son mon à Bni / Ait Bouayach (province d’Al Hoceima). Tu sais qu’il est rifain et tu le vois en photo de profil de certains de tes amis sur Facebook et tu te dis : c’est qui ce type ?
Et bien comme tu t’en doutes c’est une personne qui a marqué l’histoire du Rif et du Maroc et bien plus. Voici un aperçu de son histoire.
Mohamed Ben (en rifain « n ») Abdelkrim El Khattabi dit Moulay Mohand (y’a pas mal de chansons à son sujet) est né vers 1882 à Ajdir (Commune Ait Youssef Ou Ali, tribu Ait Waryaghel) prés de Al Hoceima.
Lorsqu’en 1912 l’Espagne se voit confié 2 zones d’influence au Maroc dont le Rif, Abdelkrim est alors rédacteur dans un journal espagnol « Telegrama del Rif » à Melilla (Mritch). En 1915 il devient Cadi Chef de cette ville dans l’administration espagnole. Il est ensuite emprisonné pour avoir critiqué la politique espagnole.
C’est en 1919 qu’il revient à Ajdir, où avec son frère, il rassemble les différentes tribus rifaines.
Dans une lettre adressée aux Chefs d’Etats des grandes puissances européennes, il explique que «
le Rif est soucieux d’établir un système de gouvernement pour lui seul, qui dépende uniquement de sa propre volonté ; il veut établir ses propres lois et ses traités commerciaux afin d’être le protecteur de ses droits sur le plan intérieur et international ».
En 1921, les troupes espagnols continuent toujours leur progression dans le Rif et Abdelkrim leur envoi un message :
si vous franchissez le fleuve Amekran alors c’est un acte de guerre ! Peu préoccupé par ce message, l’armée espagnole s’installe dans le Dhar U Barran.
Les combattants rifains menés par Abdelkrim les attaquent et leur font subir de nombreuses pertes.
Abdelkrim devient le précurseur de la technique de « guérilla » reprise par de nombreux mouvements de libération.
Avec ses petits groupes de combattants mobiles qui connaissent bien leur région montagneuse, il obtient un avantage.
La plus grande victoire d’Abdelkrim et des résistants rifains a lieu le 21 juin 1921 lors de l’offensive d’Anoual.
3000 combattants rifains postés sur le mont Gourougou écrasèrent 15 000 soldats espagnols.
Cette défaite est vécue comme une véritable humiliation par les forces espagnoles tandis qu’Abdelkrim devient un héros au Maroc, dans le monde arabo-musulman et un exemple dans de nombreux pays colonisés.
Abdelkrim déclare que «
Le Rif ne combat pas les espagnols et ne ressent pas de haine envers le peuple espagnol, le Rif combat l’impérialisme envahisseur qui veut lui ôter sa liberté… ».
En 1922, Abdelkrim crée la République Confédérée des Tribus du Rif (ou République du Rif) qui possède sa propre monnaie, sa propre banque d’état et une justice moderne et indépendante.
Cette nouvelle résistance inquiète la France qui occupe alors une grande partie du Maroc, celle-ci ne tarde pas à rentrer en guerre contre la résistance rifaine en s’alliant à l’Espagne.
Devant cette armée de 450 000 soldats et la menace d’un génocide, Abdelkrim se constitue prisonnier de guerre en demandant à ce que les civils soient épargnés.
Mais en 1926, des avions munis de gaz moutarde bombardent des villages entiers du Rif et causent plus de 150 000 victimes.
A cette date Abdelkrim est exilé sur l’Ile de la Réunion jusqu’en 1947 où il est autorisé à se rendre dans le Sud de la France. Il en profite pour s’enfuir et s’installe en Egypte. Il est mort en 1963 au Caire, où il repose toujours.
Aujourd’hui, de nombreuses écoles portent son nom partout au Maroc. Mais ce n’est pas tout ! Son histoire est connue de par le monde et il est toujours présent dans la mémoire collective rifaine.
Et voilà maintenant tu en sais un peu plus sur lui. N’hésites pas à demander des infos à tes parents, généralement ils aiment parler du Rif et de son histoire et ils ont peut être des anecdotes à ce sujet qu’ils tiennent eux-mêmes de leurs parents…
Quelques sources et infos :
- Interview de Mohamd Sillam Amezyane
- Lettre intégrale traduite de Abdelkrim