Bonjour a tous,
Pour les amateurs et amatrices de contes, j'invite vos yeux et votre esprit curieux à lire cette histoire.
J' espère que vous prendriez autant plaisir que moi dans votre lecture.
Elle est extrêmement longue mais ô combien intéressante, alors menez vous d'un peu de courage pour aller jusqu'au bout...
Dans un lointain village de Djbella, vivait un enfant, son père cultivait la terre, sa mère travaillait la laine et elle s’occupait des maigres moutons, entretenus avec des herbes desséchées par les longues années de sécheresse. Une vie modeste, un habitat fait de terre couvert de roseaux tissés par les mains habiles du père. Dans une djellaba usée, décolorée par les lavages répétitifs à la main, par les centaines de coup pour en dégager la crasse, Anir grandit…. un morceau de pain, garni de huile d’olive à la main, lui coulait jusqu’au coude.
Du haut de sa colline il admirait l’horizon infini, la beauté des montagnes qui valsaient, taguaient, pour venir mourir harmonieusement aux pieds des doux nuages. Un soleil doré, teintait d’or et d’argent de lointaines contrées, inconnues pour Anir, ces pays où l’on disait que la terre n’était que sable, où il ne pleuvait jamais, « foutaises ! » se disait-il, lui qui n’avait connu que cette crête, que ces sillons, qui lui sont devenus familiers, cette neige, qui l’enfermait pour des jours entiers, et qu’il redoutait plus que tout ; ce mont, qui pourtant lui tenait tant à cœur.
Anir, croyait que chacun avait son mont, et que chacun, demeurait en son sein, et à jamais! « Je veillerai sur mon mont, se disait il, il est à moi, à mes parents, et bien avant à mes grands parents », il jeta un regard triste sur les tombes de ses grands-parents, puis s’en suivi d’un sourire fier « Ils sont morts en défendant leur mont » lui disait sa mère. Anir ignorait, l’histoire de ces ancêtres, ignorait, la grandeur de son peuple, mais aimait plus que tout au monde, son mont !
Un beau jour, alors qu’Anir, revenait d’un lointain ravin, là où il avait conduit ses bêtes. Une silhouette étrangère se tenait au prés de sa mère, à la porte de la maison. Une silhouette mince, « bizarrement habillée », se disait il. Plus proche, il reconnu, un jeune homme, habillé d’une tenue nouvelle, pas du tout en djellaba, comme il avait toujours connu. Un pantalon, bien repassé, et une chemise de couleur bleu claire, qui laissait sentir une odeur de printemps. « C’est ton oncle, Reda, qui vient nous rendre visite, il habite en ville ! », lui dit sa mère, Anir s’empressa de le saluer respectueusement, en lui baisant la main. Après un déjeuner familial, l’oncle aborda un sujet, d’une grande importance, il comptait emmener Anir en ville afin de lui permettre de suivre des études. Les parents, bien que conscients de cette chance offerte, eurent quelques hésitations, puis cédèrent. Anir, radieux pris les quelques vêtements qu’il possédait. Mais son oncle, l’en dissuada « Laisse ceux-là , ils ne te serviront plus ! Je t’en achèterai de nouveaux ! ». Anir, tout souriant, courrait pour suivre son oncle.
A l’approche de la ville, Anir, pris de stupeur tel un agnelet affolé, se blotti à son oncle, des bruits de tout part, des dizaines, des centaines de personnes, allaient, venaient, sans se regarder, sans se saluer, tel une fourmilière. Anir, restait bouche bée, empoignait de plus en plus fort la main de son oncle.
Arrivé à la maison, et salué par la gentille femme de son oncle, Anir, rougeâtre, rétorqua par des sons à peine audibles, dominait par la timidité !! Elle continuait à lui parler avec douceur, en vain, Anir se rendit compte qu’il ne comprenait pas un traître mot de ce qu’elle disait ! « C’est une étrangère, qu’à épouser mon oncle ? » se demandait-il ! « Laisse-le, il ne parle pas arabe » repris l’oncle. Anir, les yeux écarquillés, voila que son oncle parle ce même langage qui lui est si étranger !
Le lendemain, l’oncle acheta des vêtements neufs pour Anir, ils étaient resplendissants! Colorés et plus légers que sa vieille crasseuse djellaba. Anir, était aux anges.
Lavé, habillé, son oncle le pris par la main, et l’emmena l’inscrire à l’école. « Une grande cour, plusieurs salles, et tellement d’enfants » songeait Anir. Les formalités achevaient, Anir était devenu un élève de cette école, il en était tout fier. On le conduit dans une classe. La maîtresse, lui indiqua une place, et bien qu’il ne maîtrise toujours pas cette langue, il comprit qu’il fallait s’asseoir comme tous les autres !
A la récréation, certains élèves vinrent le rejoindre, ils lui adressèrent la parole, il n’en comprenait pas un mot et répondit en amazigh !! « Khalli dak djballi », dis l’un d’eux, puis s’en allèrent avec beaucoup de mépris, pour cet être, chétif, et muet.
Pour la première fois de sa vie, Anir, se senti différent, rejeté, avili par cette langue qui lui manquait, et abaissé par ces montagnes qui l’on rendu ignorant. Pour la première fois, il regarda avec mépris, ces mêmes montagnes, qu’hier, il disait magiques, il vit en son mont, une grotte vile, lui, qui, hier, ne jurait que par elle. Aussitôt qu’on lui adressait la parole, il aurait souhaité que la terre s’ouvre pour l’engloutir. A son mutisme, répondait le mépris, et l’isolement dans la cour. Il était différent ! Il était étranger !
Anir prit sur lui, et se mit à l’apprentissage de l’arabe, une année écoulait, il en devient familier. Il se fit de nouveaux amis, bientôt il ne parlera plus que cette nouvelle langue. Son salut ne viendra que par elle, celle, qui lui avait permis d’apprendre à lire, à écrire, à être tout simplement. Cinq années plus tard il n’avait toujours pas revu ses parents.
Bientôt la fête du Sacrifice, l’occasion est belle…. son oncle lui proposa de le raccompagner à son village.......